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Quand les mythes renaissent sous la plume des auteurs : pourquoi aimons-nous tant les réécritures mythologiques ?

  • Photo du rédacteur: Amelie Marmonier
    Amelie Marmonier
  • il y a 3 heures
  • 6 min de lecture

Il y a quelque chose d'assez fascinant dans les mythes : nous connaissons parfois déjà leur fin, leurs personnages et même leurs grandes tragédies, et pourtant nous continuons à les lire.


Achille meurt. Perséphone descend aux Enfers. Ulysse cherche à rentrer chez lui. Les dieux de l'Olympe se disputent, trahissent, aiment, punissent et manipulent les mortels. Et malgré tout, des milliers d'années plus tard, ces histoires continuent de nourrir notre imagination.


Il suffit de regarder les rayons des librairies pour s'en rendre compte. De Percy Jackson de Rick Riordan à Circé et Le Chant d'Achille de Madeline Miller, en passant par La reine des enfers et La malédiction de l'oracle de Bea Fitzgerald, ou encore la saga Atalante de Cassandre Lambert, la mythologie antique est partout.


Mais pourquoi ces réécritures fonctionnent-elles aussi bien ?

Je crois que c'est justement parce qu'elles ne cherchent pas seulement à nous raconter les mêmes histoires. Elles nous permettent de les regarder autrement.


Percy Jackson : quand les dieux antiques débarquent dans notre monde


Pour beaucoup de lecteurs, la découverte de la mythologie grecque passe par Percy Jackson. Et ce n'est probablement pas un hasard.


Dans la série Percy Jackson and the Olympians, Rick Riordan prend les dieux, les monstres et les héros de la mythologie grecque et les fait entrer dans le monde contemporain. Percy est un demi-dieu, fils de Poséidon, et il découvre progressivement que les mythes que nous connaissons existent réellement.


C'est une manière particulièrement efficace de rendre la mythologie accessible : les dieux ne sont plus des personnages poussiéreux enfermés dans des textes anciens. Ils ont des problèmes familiaux, des personnalités reconnaissables et surtout une influence sur le monde moderne.


Ce que j'aime particulièrement dans Percy Jackson, c'est cette idée que les mythes n'ont jamais vraiment disparu. Ils se sont simplement adaptés.


Riordan ne cherche d'ailleurs pas uniquement à adapter les mythes dans son intrigue : avec Percy Jackson et les dieux grecs, il va jusqu'à faire raconter les mythes eux-mêmes par Percy, avec son humour et ses commentaires sarcastiques.


Et c'est peut-être l'une des grandes forces de cette série : elle donne envie de retourner aux histoires originales.


Madeline Miller : et si nous écoutions enfin ceux qui vivaient dans l'ombre des héros ?


Avec Madeline Miller, on change complètement d'ambiance. Là où Percy Jackson transforme la mythologie en aventure contemporaine, Le Chant d'Achille et Circé prennent des figures mythologiques et leur donnent une profondeur émotionnelle nouvelle.


Dans Le Chant d'Achille, l'histoire de la guerre de Troie devient notamment celle de Patrocle et d'Achille. Le mythe héroïque laisse alors davantage de place à l'intime : l'amour, le désir, la peur de perdre l'autre et la manière dont les grandes histoires historiques ou mythologiques sont vécues par ceux qui les traversent.


Puis vient Circé. Et là, le changement de perspective est encore plus frappant.

Circé est connue des lecteurs de l'Odyssée comme la magicienne qui transforme les compagnons d'Ulysse en porcs. Miller prend pourtant cette figure et en fait le centre de son propre récit. Le roman explore son parcours, ses relations avec les dieux et les mortels et surtout sa construction en tant que femme et personnage indépendant.


C'est l'une des choses qui me passionnent le plus dans les réécritures mythologiques : elles peuvent donner une voix à des personnages qui, dans les récits originaux, étaient condamnés à rester secondaires. On ne change pas nécessairement le mythe. On change la caméra. Et soudain, le personnage qui était au fond du décor devient celui que nous suivons.


Bea Fitzgerald : quand Perséphone reprend le contrôle de son histoire


C'est également ce qui rend les romans de Bea Fitzgerald particulièrement intéressants.

Dans La reine des enfers l'autrice revisite le mythe de Perséphone et d'Hadès en bouleversant notamment l'image traditionnelle de la jeune fille enlevée aux Enfers. Dans cette version, Perséphone choisit elle-même de descendre aux Enfers et décide de prendre son destin en main. Le roman joue également avec les codes de la romance et du « enemies to lovers ».


Ce qui m'intéresse ici, ce n'est donc pas seulement la question de la fidélité au mythe.

C'est plutôt : qu'est-ce que nous voulons faire dire à ce mythe aujourd'hui ?


La Perséphone ancienne et la Perséphone moderne ne racontent pas exactement la même chose. Et pourtant, elles peuvent toutes les deux nous parler.


Avec La malédiction de l'oracle, Fitzgerald va encore plus loin en s'attaquant à la guerre de Troie. Cassandra et Hélène deviennent les personnages centrales d'une réécriture où elles doivent travailler ensemble pour tenter de changer le destin de leur cité.


On retrouve donc une tendance très forte des réécritures contemporaines : reprendre les femmes du mythe et leur rendre une forme de pouvoir narratif.


Atalante : quand une héroïne mythologique devient le cœur de l'histoire


Et c'est justement dans cette volonté de remettre les héroïnes au premier plan que la saga Atalante de Cassandre Lambert trouve parfaitement sa place.


Atalante est une figure qui m'a toujours semblé particulièrement intéressante dans la mythologie grecque. Chasseresse, athlète, aventurière et femme qui refuse de se conformer au rôle qu'on voudrait lui imposer, elle possède déjà tous les ingrédients d'une héroïne moderne. Pourtant, comme beaucoup de personnages féminins de la mythologie, elle reste souvent moins connue que les grands héros qui l'entourent.


Avec sa saga, Cassandre Lambert s'empare justement de cette figure et lui offre un véritable espace romanesque.


Ce que j'aime dans cette démarche, c'est que l'on ne découvre pas seulement Atalante, personnage de la mythologie. On découvre une héroïne avec ses aspirations, ses doutes, ses relations et ses propres choix.


Et c'est là que la réécriture devient particulièrement intéressante. Parce qu'Atalante n'est pas simplement une femme que l'on ajoute à une histoire de héros. Elle devient celle autour de laquelle l'histoire peut se construire.


La saga permet ainsi de retrouver plusieurs éléments qui rendent les réécritures mythologiques si séduisantes : l'aventure, les figures légendaires, les dieux, les épreuves, mais aussi cette volonté de questionner la place que les récits anciens accordaient aux femmes.


Et finalement, Atalante rejoint parfaitement Circé, Perséphone, Cassandra ou Hélène : des femmes que nous connaissions déjà à travers les mythes, mais que les romans contemporains nous invitent à regarder autrement.


Réécrire un mythe, est-ce le trahir ?


C'est peut-être la question la plus intéressante à poser. Parce qu'une réécriture n'est pas forcément une reproduction fidèle.


Percy Jackson modifie énormément les mythes pour les intégrer à un univers contemporain. Madeline Miller approfondit certains personnages et leurs relations. Bea Fitzgerald joue avec les codes de la romance et modifie certains éléments fondamentaux des récits que nous connaissons. Cassandre Lambert, de son côté, développe une figure comme Atalante pour en faire une véritable héroïne de roman.


Et pourtant, leurs histoires restent reconnaissables.

C'est justement ce paradoxe qui rend le genre si intéressant : pour qu'une réécriture fonctionne, elle doit être suffisamment différente pour nous surprendre et suffisamment familière pour que nous reconnaissions le mythe derrière elle.


C'est un peu comme si chaque auteur posait la même question :

« Et si cette histoire s'était passée autrement ? »

Et à partir de là, tout devient possible.


Le mythe comme miroir de notre époque


Ce qui me fascine surtout dans ces romans, c'est que les mythes deviennent finalement des miroirs.


Les auteurs contemporains peuvent y parler de féminité, de pouvoir, de sexualité, d'amour, de famille, de violence, de guerre, de destin ou encore de liberté. Et c'est probablement pour cela que ces histoires continuent de fonctionner.


Nous ne lisons pas seulement l'histoire de Perséphone. Nous lisons une histoire sur le fait de choisir sa propre destinée.

Nous ne lisons pas seulement l'histoire de Circé. Nous lisons l'histoire d'une femme qui cherche à exister dans un monde qui voudrait décider à sa place de ce qu'elle doit être.

Nous ne lisons pas seulement l'histoire d'Achille. Nous lisons aussi celle de Patrocle, de leur relation et de tout ce qui peut se cacher derrière une légende héroïque.

Nous ne lisons pas seulement l'histoire d'Atalante. Nous découvrons une femme qui refuse que son destin soit écrit uniquement par les autres.

Et avec Percy, nous découvrons que les dieux peuvent encore avoir leur place dans notre monde moderne.


Alors, quelle réécriture choisir ?


C'est justement ce que j'aime dans ce genre : il existe presque autant de façons de réécrire la mythologie qu'il existe de lecteurs.


Si vous voulez découvrir la mythologie grecque à travers l'aventure : commencez par Percy Jackson.

Si vous cherchez une réécriture plus littéraire et profondément émotionnelle : Le Chant d'Achille est probablement incontournable.

Si vous préférez suivre une héroïne et redécouvrir un personnage féminin mythologique : Circé est un excellent choix.

Si vous aimez les romances et les réinterprétations très modernes des mythes : La reine des enfers de Bea Fitzgerald mérite clairement une place dans votre pile à lire.

Si la guerre de Troie vous fascine mais que vous avez envie de la voir à travers des personnages féminins : La malédiction de l'oracle est une piste particulièrement intéressante.

Et si vous avez envie de découvrir une héroïne mythologique moins souvent mise en avant : plongez dans la saga Atalante de Cassandre Lambert.


Finalement, pourquoi revenir sans cesse aux mêmes histoires ?


Peut-être parce que les mythes ne nous appartiennent jamais complètement. Ils traversent les siècles, changent de langue, de forme et de point de vue. Chaque génération peut y retrouver quelque chose qui lui parle. Et c'est peut-être ça, la magie des réécritures mythologiques : elles ne remplacent pas les histoires anciennes. Elles les font continuer à vivre.


La prochaine fois que vous ouvrirez un roman consacré à Perséphone, Circé, Atalante, Achille ou Ulysse, vous ne découvrirez donc pas nécessairement une nouvelle histoire. Vous découvrirez peut-être une très vieille histoire... racontée pour la première fois de son propre point de vue.


Créditi photos : Amélie Marmonier

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